Pourquoi on devient psy 08 – Les garçons et les filles. 4

Chaque matin nous quittons l’internat à pieds pour nous rendre dans notre école au centre-ville… et chaque matin on croise le rang des garçons qui va en sens inverse …depuis quelques jours il y a un grand blond d’un mètre quatre vingt qui se dévisse la tête pour me suivre du regard …j’avais pas remarqué … c’est une copine qui me l’a dit …alors le lendemain je scrute le rang des garçons …nos regards se croisent  et nous commençons à marcher à reculons pour ne pas nous quitter des yeux  …il est vraiment plaisant, il a des grands yeux ahuris  de dessin animé …avec son voisin de rang ils se marrent comme des baleines …et je me doute qu’ils parlent de moi !
Quelques minutes plus tard, un papier quadrillé, plié en 4 atterrit dans ma main…ce  billet  a dû descendre de mains en mains le rang des garçons et remonter le rang des filles pour arriver jusqu’à moi …c’est un poème d’amour un peu maladroit, un peu décousu, avec quelques fautes d’orthographe …mais c’est le billet le plus précieux que j’ai jamais reçu…je me prends pour  la Marquise de Merteuil dans les Liaisons dangereuses . Eh oui, j’avais déjà lu les liaisons dangereuses à cet âge . Mis à part une scène d’amour un peu chaude, c’est un roman qui n’aurait plus lieu d’être à l’index  aujourd’hui.

À l’époque les garçons et les filles ne se côtoyaient pas  durant les études .

Pour nous les filles , les garçons représentaient vraiment le sexe d’en face …celui qu’on observe avec des jumelles ou par les trous de serrure . C’est une race à part qu’on ne connaît pas si on n’a pas la chance d’avoir des frères …Ca ne pense pas comme nous, ça ne rit pas des mêmes choses …ça n’a pas le même vocabulaire … c’est une autre forme d’expression de l’humanité !

Entre mes 14  / 15 / 16 ans je me sens mal dans ma peau …

ou plutôt je me sens seule au monde…je n’intéresse personne et personne ne s’intéresse à moi . A contrario , j’ai l’impression d’être surveillée…de ne pouvoir faire les choses que j’ai envie de faire …devoir rendre des comptes pour des maladresses que je n’ai pas l’impression d’avoir commises.   Cela s’appellera dans quelques années  « l’adolescence « pour l’heure ça n’a pas encore de nom.  Éventuellement les « teenagers » …on est dans la case des enfants…ou on est dans la case des adultes …POINT
Je passe de l’euphorie à la déprime, car le monde dans lequel je vis ne correspond pas à mes attentes  et à ma soif d’absolu.
Dans nos sociétés occidentales, le jeune est en porte à faux , car son développement hormonal fait de lui un pré adulte  capable d’assumer les responsabilités liées à la survie de l’espèce… Mais les études étant de plus en plus longues , on l’oblige à rester un enfant dépendant de papa et maman . Donc il n’est ni l’un ni l’autre c’est un peu comme s’il avait  une chaudière à l’intérieur de lui et  un étouffoir sur la tête.
La seule chose possible pour survivre à cela est de mentir  pour fuir les explications  qui de toute façon donneront raison aux parents  .

Durant tout le trimestre j’ai entretenu une relation épistolaire avec le beau blond aux yeux de Mickey …

c’était exaltant , le fait de le voir tous les matins sans pouvoir lui parler permettait à mon imaginaire  de nourrir  les fantasmes les plus fous …et j’ai eu le temps de les tricoter tous ces fantasmes, car Mickey  était enfermé pour tout le trimestre …Comme il me le faisait savoir dans ses petits billets doux …il était impatient d’arriver aux vacances de Pâques moment propice pour me proposer un rendez-vous avant de prendre son train  . De mon côté j’avais demandé à mes parents la permission de passé l’après-midi du samedi à Namur avec mes amies, pour fêter le début des vacances et de prendre le train de 17 heures et non celui de 12 heures 30 …Dit comme cela quel est le parent qui refuserait cela à son enfant ?

À cette époque les filles étaient nourries de contes et de légendes …

tous ces  archétypes qui  conditionneront  leur vie . Certaines de mes condisciples s’installaient dans la « belle au bois dormant » attendant le prince qui les éveillerait à l’amour et à la sexualité …d’autres s’identifiaient au « petit chaperon rouge «    qui immanquablement cherche le loup pour se faire dévorer … Pour beaucoup de  pensionnaires : le petit Poucet était très présent…celui qu’on abandonne à son sort …Quant à moi, mon archétype c’était Bambi  qui pleure l’absence de sa maman  et  va chercher à combler cet amour manquant tout au long de sa vie , mais avec un paradoxe tapi au fond de l’inconscient :  « être en amour c’est bien, mais c’est risqué ! c’est risqué d’être abandonné » !  Donc on cherche l’amour, mais quand il se présente on le refuse  parce que c’est dangereux .
J’ai le souvenir à 4 ans d’avoir été au cinéma avec ma mère voir Bambi … et d’avoir du quitter la salle en urgence tant je pleurais à chaudes larmes quand la maman de Bambi se fait tuer par les chasseurs .  C’est seulement 30 ans plus tard que j’ai eu le courage de regarder le film jusqu’au bout avec mes filles… et  connaître enfin la fin de l’histoire .
On est vraiment conditionné à notre insu …et toute notre vie on met une énergie considérable à manifester notre liberté de pensée, de comportements …d’objectifs …alors qu’on suit un fil conducteur  qui a été tracé dans les 6 premières années de notre existence .

Au pensionnat, je suis parvenue à trouver ma place …

ou plus exactement à imposer ma personnalité . Les surveillantes sont tellement cool et j’arrive à les faire rire  de mes bêtises  .Au moment du carnaval je les ai convaincues de me laisser organiser  un souper costumé . Je me souviens avoir laissé tout mon argent de poche « aux mille farces » rue du Lombard à Bruxelles pour l’achat de quelques fusées de feu d’artifice …je voulais que la fête soit exceptionnelle, qu’elle marque les esprits …que cela soit un souvenir impérissable pour mes compagnes d’isolement.  Actuellement j’ai encore ce besoin de créer l’événement , de rompre avec la monotonie , de créer l’inattendu, de surprendre , parfois de bousculer pour se créer des souvenirs   hors du commun.
J’avais obtenu de l’économe qu’elle nous achète du cidre .Waww   tout de suite s’il y a des bulles , ce sera vraiment la fête.
Ma meilleure amie Nénette  s’était déguisée en Jane  et moi en Tarzan ..on s’est mutuellement enduite de cirage noir sur tout le corps…ce fut un désastre pour s’en débarrasser avant de se mettre au lit . Quand au feu d’artifice , je n’avais pas prévu qu’il allait pleuvoir …les pétards  était détrempés  et pendaient lamentablement sur les supports en bois.
Mais la fête fut néanmoins une réussite… en tout cas en décibels , en farandoles dans le réfectoire et en poursuites  dans les couloirs par les surveillantes qui ne savaient plus où donner de la tête pour nous rassembler dans nos chambres .
On en a parlé pendant 3 mois et on projetait de faire encore plus fort l’année prochaine. Mais toute fête fut interdite l’année  suivante, mais cela ne me concernait  plus , car j’avais été renvoyée .

Le grand jour arriva.

Les cours du samedi matin n’en finissaient plus, la grande aiguille de l’horloge murale semblait bloquée …vivement midi pour me précipiter à la consigne de la gare ,  me débarrasser de ma valise et n’être plus qu’ élégance et décontraction pour rencontrer le grand blond aux yeux de Mickey . Cinquante mètres avant le lieu de rencontre , j’arrête tout mouvement et je me concentre sur ma respiration …il n’est pas question d’arriver essoufflée en encore moins en sueur !  La première impression est souvent indélébile …donc il faut mettre toutes les chances de mon côté …prendre un air détaché fleurant la maîtrise de soi pour pouvoir déployer un charme irrésistible.

Bon…bon…bonjouRRRR…ze m’app..pe  pe pelle KaRRRL …ze suis flamont , ze viens en vallonnie apprendre le français ….et toi ton petit nom c’est Zoziane wé !

fouwwww…quelle horreur.… avant je n’avais que l’image, maintenant j’ai l’image et le son et c’est pas un cadeau … je m’emberlificote dans mes illusions qui se répandent sur le sol …je suis démunie, sans voie  … la réalité ne colle pas avec l’image que je me suis fabriquée dans la tête…et le train de 12h30 est parti sans moi.  Ma punition sera d’attendre le suivant en compagnie de ce grand abruti qui parle comme une poinçonneuse et qui rit comme une carpe.
Alors j’entends la voix de ma grand mère dans ma tête qui me dit : apprends à faire bonne figure contre mauvaise fortune  … Il y a toujours quelque chose à retirer d’une situation désespérée qu’on ne contrôle pas …tu verras , si tu arrives à te maitriser dans cette farce que t’envoie la vie pour te tester, tu deviendras encore plus forte…..N’ayant pas d’autre choix , je me suis dis que je n’avais plus rien à perdre en laissant les choses se faire et d’en rire  plutôt que d’en pleurer…

Et c’est comme cela que nous avons passé l’après midi au cinéma avec Harry Bellafont  dans je ne sais plus quel film . L’après-midi fut néanmoins une réussite  parce qu’il  ne manquait pas d’humour derrière ses bagayements…et si parler n’est pas son truc …embrasser par contre ….y a rien à redire …et je n’ai pas hésité à donner ma langue  au chat cette après midi là . Je vous l’dis, moi !

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