Pourquoi devient-on psy – 07 – Pension à Namur « suite » 2

Cette semaine, un  nouveau patient  m’a fait un somptueux cadeau …il m’a dit m’avoir découvert sur le NET par hasard et avoir été rassuré par la franchise que j’exprime en racontant ma vie …
Cela lui a permis de dépasser l’angoisse d’affronter l’éventuel  jugement d’un psy …j’étais la personne dont le « petit enfant intérieur »  était capable d’accueillir sa souffrance  à lui. ..comme deux chiots d’une même nichée.
Cela m’a comblé de bonheur et a renforcé ma conviction que c’est en acceptant de montrer  ses faiblesses , que les autres vous accordent leur confiance et leur estime.
Cela a été une grande motivation pour apaiser le doute permanent qui m’habite à propos de l’utilité de ma démarche .  Merci la vie.

Pourquoi mes parents m’avaient-ils mis en pension à Namur …

parce que mon père caressait l’espoir que je lui succède dans ses affaires.
Il faut savoir que mon père était un bourreau du travail , décidé, opiniâtre, parfois buté, mais toujours courageux, allant  au bout de ses forces…et il possédait un charme irrésistible qui faisait merveille en clientèle …il était difficile de lui résister . j’ai connu un père qui pour lancer son entreprise rentrait de clientèle le soir avec 400 km au compteur , mangeait en vitesse et s’installait dans son bureau jusqu’à 2 heures du matin.
Là il devenait secrétaire, dactylo, comptable, chimiste et patron.  Il dormait un peu…Le réveil sonnait à 5 heures du matin , pour honorer son rendez-vous de 8 heures à Anvers  .

Oui j’ai oublié de vous dire qu’il commercialisait un produit venant d’Angleterre …  « produit» permettant de protéger du calcaire les circuits fermés …une sorte de tanin qui réduisait le calcaire en boues. Toutes les grandes entreprises de l’époque utilisaient l’énergie des chaudières à vapeur  et la Belgique était en pleine reconstruction …pour qui savait relever ses manches, c’était l’ivresse de la réussite.

Mon « père ce Héro »

était aussi puissant dans le travail que dans le plaisir. Comme il travaillait beaucoup, il estimait avoir droit à tous les plaisirs de la vie .
C’est cela qui a créé la fêlure dans son couple durant une dizaine d’années, jusqu’à ce qu’il devienne plus sage … après avoir exploré ses fantasmes.
Comme le disait Voltaire, on apprécie de cultiver son jardin quand on a eu la chance de faire le tour du monde pour voir comment c’est ailleurs.

Alors il s’est mis à pratiquer la pêche … mais attention  « La Pêche » .

On quittait Bruxelles le dimanche matin à 4 heures à la piquette du jour  pour le port d’Anvers …pour y pêcher l’anguille .
Et si par bonheur il y avait de l’orage, mon père devenait euphorique…il allait se prendre un « pied d’enfer ». Pour ma mère et pour moi c’était plus anxiogène, moins euphorique …ma mère passe encore , elle était retombée amoureuse de son mari qu’elle avait récupéré … ses  passions étant  devenues plus supportables et plus avouables. Alors que pour moi je venais de passer une semaine à l’internat et je passais tout mon dimanche à 4 pattes dans la Jeep Willis qui puait les produits chimiques… à l’intérieur de laquelle on avait jeté un vieux matelas de laine pour que je puisse m’allonger et surtout dormir et me faire oublier.
Heureusement la pêche est interdite l’hiver .

Entre 14 et 16 ans , je ne trouvais pas ma place …

je me demandais ce que je faisais sur terre . Mes parents me donnaient l’impression d’avoir tout décidé pour moi , je ferai les sciences commerciales , éventuellement la chimie …Alors je me voyais continuer l’entreprise et rendre des comptes à mes parents…mener la même vie qu’eux …mettre mon exaltation dans la rentabilité et m’extasier de bonheur à la vue de mon relevé bancaire qui vient de prendre un zéro de plus . Mais évidemment, je n’ai pas fait la guerre moi ! je n’ai jamais dû essayer de me débrouiller avec rien. Mes parents se sont privés pour que je ne connaisse pas ce sentiment de manque…mais du coup je suis devenue indifférente à ce genre d’expérience …car j’ai la conviction que tout est facile dans la vie …c’est eux qui m’ont mâché la besogne  …qui m’ont fait voir la vie au travers de lunettes roses !

Dans ma nouvelle école de Namur :

outre les humanités traditionnelles , il y avait les humanités artistiques .  Et durant les récréations je me suis mise à côtoyer les filles de cette section …Très vite j’ai su que c’est cela que je voulais faire …dessiner  et encore dessiner .
Il faut savoir que mon grenier était couvert de dessins de mode que je copiais dans les  revues de « l’Officiel » de ma mère à l’aide des « rames de papier pelure » de mon père …qui accusait ma grand-mère de s’en servir comme papier hygiénique tant le stock disparaissait .

Alors j’ai stoppé toute activité mentale au cours de math …

et peu de temps après mes parents ont été convoqués pour s’entendre dire que je n’avais pas les aptitudes nécessaires  pour rester dans cette section …mais qu’ils avaient remarqué mon goût pour le dessin  et que cela ne poserait aucun problème  d’être  transférée  en artistique  …YES j’avais gagné!

Et c’est comme cela qu’à 21 ans je suis entrée comme intérimaire

par la grande porte des profs dans mon ancienne école …et  que Madame Heyne ma maîtresse de 6e primaire  de laquelle j’avais eu une frousse bleue ….m’ attendait sur le seuil  …elle avait lu aux valves qu’une certaine Josiane Dinant était attendue pour le remplacement d’un jeune prof appelé sous les drapeaux .
Compte tenu de ma personnalité indisciplinée et révolutionnaire …elle se souvenait de mon nom après  toutes ces années… Et elle m’attendait  de pied ferme dans le hall  pour voir celle que j’étais devenue .
Quelle émotion… je l’ai reconnue tout de suite et une forte pression a envahi ma poitrine …je me retrouvais instantanément petite fille devant cette   puissante  personne dont j’avais eu si peur !  …et je me sentais toute bête avec mon diplôme en poche…
Alors je lui ai fait savoir que son autorité m’avait terrorisée, mais que l’exigence dont elle avait fait  preuve m’avait permis d’installer très progressivement un début d’auto discipline… elle m’a souri avec tendresse,  m’a prise dans ses bras  …et m’a dit : « bienvenue jeune collègue » !
… et  nous avons versé des larmes toutes les deux …elle avait cru en moi !
Merci la vie.

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