Pourquoi on devient psy 16 – Retrouver le plancher des vaches… 0

Nous sommes au début de  1965 , je commençais à manquer de place dans notre appartement , je rêvais de verdure, d’air, d’espace…de projets !
Ma vie commençait à prendre une tournure routinière .  Je suis prof à temps plein, je fais mes petits produits de beauté que j’écoule en vente privée chez mes collègues et aux amis de mes amis …mais tout cela n ‘a plus grand intérêt …c’est répétitif !

Ce qui est excitant dans la vie, c’est la recherche , c’est apprendre…c’est tout ce qui nécessite un dépassement de soi …comme vaincre le doute …vaincre la paresse…oser affronter une certaine insécurité…rêver sa vie …s’en faire des représentations imagées, sonores, sensorielles …
Se voir en train de…S’imaginer confrontée à …

Et c’est comme cela que j’ai imaginé le lieu ou je souhaitais vivre …

Avoir de l’espace pour y pratiquer diverses activités …avoir un accès direct à la nature sans devoir passer par un ascenseur…cultiver un jardin, avoir des fraises, des chats, un chien…
Alors j’eu l’idée de  vagabonder dans les campagnes aux alentours de Charleroi …je voulais d’abord  définir la région. Et lors de ma deuxième sortie  je me suis trouvée au début d’une allée que je croyais « en cul-de-sac » et au bout de laquelle j’ai eu une apparition…Là toute abandonnée, attendait ma maison coup de foudre …je l’ai regardée de loin pendant au moins une demie heure  en essayant de me convaincre que cette demeure n’était pas pour moi, ce n’était pas dans mes moyens . Étant retombée sur terre, je me suis informée pour savoir si ce village était habité par un notaire …et c’était le cas .
Malheureusement il n’y a aucune maison à vendre pour le moment dans la région me dit le notaire …et alors que je m’apprêtais à prendre congé , l’idée me vient de lui demander des renseignements concernant la maison abandonnée .
Ah ! me dit-il vous voulez parler de cette vieille demeure du docteur Wauty  qui est mort il ya quinze ans …. Cela fait plus de 10 ans que les héritiers essayent de la ventre …je suis sûr que si vous en offrez une certaine somme …elle est à vous ( pour le fun, la somme était le tiers de ce que j’avais imaginé).
Merci la vie .

Et le remboursement hypothécaire équivalait à la moitié du loyer de l’appartement  …

je ne pouvais trouver meilleure argumentation auprès de mon mari qui ne supportait pas l’idée de s’engager à vie pour des cailloux… Dans quelques mois j’habiterai le superbe village de Gerpinnes …et quand j’aurai des enfants ils iront à l’école du village …tout comme moi dans mes Ardennes lointaines .
Avoir un objectif  nous redonne des ailes aux pieds . La vie reprend du sens , les émotions se vivent avec plus d’intensité et l’énergie circule en nous et autour de nous…j’étais fébrile comme un écureuil…j’allais pouvoir faire des projets d’aménagement et de décoration . Vous comprenez pourquoi je n’ai pas investi dans les cartonnages de « Carine Longchamp »…j’avais mieux à faire …j’allais apprendre tous les métiers …car l’homme avec lequel j’avais engagé ma vie était d’accord d’assumer le remboursement hypothécaire  quand à l’aménagement il faudrait que je me débrouille…j’allais donc devoir payer de ma personne .

Dans ma tête cette maison , je la voyais finie ayant mis en valeur tout son potentiel …

c’était une « gentilommière »   de 15 pièces avec comme dépendances une écurie sur la droite, un garage sur la gauche et des baraques à poules et à cochons à l’arrière du bâtiment qui pourraient être utilisés comme abris et pergola pour mes futures fêtes champêtres …pour mes Garden parties, mes barbecs   …cela allait être féerique , grandiose , impressionnant .
Puis ma mère a débarqué un dimanche matin , alors que nous venions de recevoir les clés et que l’objectif de la journée était de faire la liste  hiérarchisée des travaux urgents, nécessaires, de convenance , pour le plaisir , pour l’esthétique…….Elle est sortie de sa voiture, elle a levé les yeux …elle était tellement stupéfaite qu’elle en a oublié de nous dire « bonjour » … Mais ma petite fille, tu vas y laisser ta peau dans cette baraque !
Heureusement que la jeunesse est insouciante sans quoi le monde s’arrêterait de tourner . Or  combien de fois n’ai-je pas pesté sur  l’intransmissibilité des apprentissages… il me semblait que pour que le monde soit harmonieux : nos expériences devaient s’inscrire dans notre ADN  et alimenter les générations successives…je prends conscience aujourd’hui que cela relève plus du diable que du divin .Heureusement que je ne voyais pas cette maison avec les yeux de ma mère …je serais retournée directement dans mon appart à Charleroi.

Durant quelques mois les week-ends furent plus joyeux que productifs …

nombreux étaient les amis qui proposaient leurs services …mais comme le maître des lieux n’avait pas hérité d’un couteau suisse dans chaque main , il ne savait pas s’improviser  organisateur de chantier  … alors le nombre de casiers de bières était grandissant chaque week-end  et je passais plus de temps à éplucher des patates , qu’à éplucher les  murs de leurs vieux papiers peints.
Comme j’avais décidé le réaménagement d’une pièce à la fois : du sol au plafond avant de passer à la suivante …les travaux ont duré des années.
Sur la liste des urgences : le premier point est de restaurer la cuisine pour la rendre plus ou moins opérationnelle…la cuisine équipée ce sera pour plus tard    ….. et tout de suite après, aménager une chambre de bébé . Hé oui , je suis prise comme disait ma grand-mère …AH quand on dort avec son chien, on attrape ses puces disait-elle !

La naissance étant prévue pour le mois d’octobre,

j’avais 6 mois devant moi pour m’exploser dans la décoration . Certaines femmes achètent des aiguilles et des pelotes de laine….moi j’achète des foreuses , des scies sauteuses  …On est en plein boom des outils électriques pour monsieur tout le monde … et je fais l’attraction du magasin « Feroutils » du boulevard Tirou  …car je suis la seule femme à franchir la porte de ce lieu avangardiste et à discuter boulot avec tous les mecs en bleus de travail qui sont ravis de m’apporter leurs connaissances du métier . Comme je suis bonne élève, je progresse très vite et comme j’aime les défis, rien ne m’arrête .
Je décide que pour une chambre de bébé, une trop grande hauteur de plafond est déconseillée d’autant plus que le chauffage central ne sera installé que l’année prochaine…et que j’installerai provisoirement un radiateur à bain d’huile .
Alors je me fais livrer par camion une dizaine de plaques de cette nouvelle matière appelée    « Agloméré »   il n’en existe alors qu’une seule épaisseur de 22 millimètres en 2,40 m de long et cela pèse un bœuf .   J’ai dû découper mes plaques en unités transportables par mes petits bras et  les hisser par-dessus un système de chevrons apparents ( je ne savais pas encore faire un chaînage à cette époque) le résultat fût  déplorable et pour cacher mes erreurs j’ai dû tapisser les plaques .
Mis à part cela, la chambre fut une réussite .

Un magasin d’un nouveau genre s’était ouvert avenue Louise   « la maison Dujardin »

tout pour l’enfant …de la bande ombilicale   aux meubles laqués en passant par les papiers peints, les rideaux assortis et autres petits meubles bijoux aux motifs assortis …c’était à vous couper le souffle . Il faut dire qu’on sortait du lit breton en chêne marron  et de la bassine en zinc .  Ma mère a cassé sa tirelire pour m’offrir la chambre complète en laqué blanc et de mon côté j’ai entrepris de fabriquer le papier peint au pochoir  en parfaite adéquation  avec ma tirelire à moi.   Cinquante ans après , j’ai encore le petit tabouret de référence qui me sert maintenant au jardin pour enlever les mauvaises herbes.
Dans le grenier de ma belle mère,  j’ai découvert  2 berceaux …l’un immense avec une crosse de 1,80 de haut , que j’ai décapé, repeint et garni de 20 mètres de plumetis blanc …féérique , il donnait l’impression d’être en apesanteur dans la pièce . Le second , plus petit, plus rond, plus ramassé que j’ai garni de vichy à petits carreaux roses et blancs…celui-là était destiné au ré de chaussée de la maison …là où l’on avait décidé d’installer un poële à partir du mois de septembre .

On a passé tout un hiver dans 2 pièces chauffées …la cuisine et une sorte de petit salon où on faisait tout .

Notre chambre n’avait pas encore bénéficié d’un aménagement plus confortable  et personnellement je me rhabillais pour aller dormir …il gelait dans toutes les pièces, car les châssis étaient terriblement défectueux et laissaient passer la bise partout où le mastic avait rendu l’âme. J’ai heureusement découvert la couverture électrique . L’avantage des chambres froides est que les scènes de ménage sont  très éphémères …ben oui il faut se mettre en cuillère pour se réchauffer …et  cette insidieuse promiscuité est plus rapidement opérationnelle que la position du missionnaire …ou la brouette de zanzibar qui de préférence ne se pratique que l’été .

Le grand jour de l’accouchement n’était plus qu’à une semaine,

mais le docteur n’était pas rassuré …j’avais pris 25 kg sciemment …étant au régime en permanence je m’étais dit qu’être grosse pour être grosse, autant en profiter …d’où je me suis offert 100 grammes de pralines Léonidas tous les jours en revenant de l’école …j’étais tellement gonflée que je ne savais plus mettre mes chaussures et il était exclu à l’époque d’arriver en sandales pour donner cours . Alors je me suis acheté des mocassins blancs pour hommes en taille 43 .  Et j’ai terminé ma grossesse et le mois qui a suivi avec cela aux pieds.
Quand on attend son premier enfant, on avance vers l’inconnu avec l’appui de toutes les femmes de la famille qui en conspiration vous vante les bienfaits et les plaisirs de la maternité …de plus le corps médical vous maintient dans l’illusion  de l’accouchement sans douleurs.  Laurence Foresti en parle si bien de cette conspiration du silence envers la jeunesse qui pourrait décider de faire  la grève de la procréation si on l’informait avec précision sur la partie immergée de  cet iceberg qu’est l’accouchement.

Durant 9 mois on est centrée sur soi, ses sensations, ses apparences physiques,

ses sautes d’humeur émotionnelles , ses bobos, ses envies , ses dégoûts …et à l’instant même où ce petit fruit sort de notre ventre … les douleurs de l’accouchement se dissipent instantanément …et plus rien d’autre n’existe que lui…il devient le centre de tout notre intérêt. Tout tourne autour de lui…de sa respiration trop courte, ou trop longue , au pas assez audible, ou apparemment inexistante. Idem pour ses gazouillis et ses pleurs dans toute la gamme de DO mineure ou majeure . On ne fait plus que s’occuper de lui, le nourrir, le laver, le changer, le bercer, l’écouter, vivre dans le silence pour ne pas le réveiller…et on n’a plus le temps de s’occuper de soi …de se mettre du vernis sur les ongles …de prendre rendez-vous chez le coiffeur pour entretenir sa coloration…de faire une soirée entre copines pour décompresser. On commence à ressembler à notre mère dans ses plus mauvais jours. Et le mari regarde cela d’un très mauvais œil…

A l’époque la péridurale n’existe pas et les vidéos d’accouchements en life sont tabou.

Alors on obéit comme des veaux , on fait tout ce qu’on nous dit du mieux qu’on peut pendant que 10 paires d’yeux fixent vos orifices les plus intimes …qui indépendamment de votre contrôle, émettent des bruits, des odeurs et des humeurs dégoulinantes …..c’est généralement comme cela que ça se passe dans les hôpitaux universitaires  dont la mission est de former les étudiants au plus près des réalités de la vie. Je me souviens d’un jeune médecin qui m’avait convoqué en salle de travail pour percer la poche des eaux   et qui me pressait de serrer les cuisses en retournant dans ma chambre parce que j’inondais le sol de la salle ….. La féministe au fond de moi à rejailli  , je lui ai envoyé un regard assassin et je l’ai traité de  « pauvre con » …c’était le fils du patron de la clinique …mais ma remarque  a fait le tour de l’hôpital …car le jeune con n’avait pas non plus la cote auprès du personnel !

 A l’époque on ne vous mettait pas votre bébé tout mouillé sur le ventre…

non on le lavait, on l’emmaillotait tout serré comme une momie et c’est comme cela que mon petit Zouzou a atterri dans mes bras . Sa frimousse toute chiffonnée ressemblait à ce que pourrait être ma mère à 80 ans ..C’était très émouvant,  mais je n’avais personne avec qui partager cela . Durant la nuit l’infirmière avait essayé à 4 reprises de joindre le père de notre  futur enfant pour annoncé le commencement du travail …mais le téléphone restait muet… il était paraît-il tellement angoissé qu’il avait dû décompresser avec ses copains et beaucoup de chopes . C’est vers 11 heures le lendemain matin qu’il est apparu dans l’embrasure de la porte, les yeux rouges et le visage bouffi d’alcool …Et bêtement j’étais contente de le voir et de lui présenter mon cadeau.

La cerise sur le gâteau fut ma rentrée à la maison.

Comme mon mari prenait sur ses heures de boulot pour venir me chercher à la maternité après les 10 jours réglementaires et me reconduire à la maison…il était convenu qu’il me déposerait devant la porte et repartirait travailler  directement. Je fis donc mon entrée seule dans la maison avec mon couffin .  Il faisait glacial dans le corridor en marbre , j’avais hâte de me retrouver dans la seule pièce chauffée de la maison,  mais hélas le poële n’avait plus été allumé depuis quelques jours . La cuisine et le séjour était un véritable foutoir , chargé de vaisselle sale et comble de la désolation, les cendres retirées du fourneau gisaient à même le sol …j’ai éclaté en sanglots. Je me sentais prise au piège d’une situation qu’il me faudra  assumer avec une téméraire véhémence sous peine de devenir une mauvaise mère et de reproduire  chez mon enfant le traumatisme de l’abandon  que j’avais connu moi aussi étant petite .

Au secours la Vie.

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