Pourquoi on devient psy 30 – Voyage en Inde. 0

Nous sommes en 1978, j’ai 36 ans. Mon esprit cherche de nouveaux horizons à explorer…ma vie intérieure s’enrichit de nombreux questionnements restés sans réponses.
Je me suis inscrite à la dernière minute à un voyage en Inde organisé par deux collègues , qui manquent d’effectif pour profiter des réductions de groupe … entendez par là que je ne me suis pas préparée à ce voyage et que c’est très bien ainsi…je compte me laisser happer par le groupe et jouer l’émerveillement face à des chasseurs de papillons qui se rendent en Inde et au Népal pour mettre en pratique leur formation . Innocemment je me suis acheté un filet à papillons télescopique…on ne sait jamais, peut être vais-je au-devant de pures merveilles !Le départ est dans 2 semaines durant les congés de Pâques et je sens que ce voyage aura un effet bouleversant dans ma vie… Alors j’ai décidé de mettre les bouchées doubles pour terminer tout ce que j’ai entrepris…car au retour je risque d’être dans une autre mouvance d’énergie .

Depuis quelques mois je m’applique à écrire un livre

relatant mon aventure avec les petites annonces… C’était tellement riche en découvertes, en rebondissements, en remises en question , qu’il fallait que je sorte cela de moi pour faire place à autre chose , mais surtout pour mettre des mots sur mes émotions, mes sentiments, mes réflexes conditionnés …Aller à la recherche du mot qui exprime notre ressenti dans toute son ampleur est d’une richesse incroyable sur le plan du développement personnel …écrire est une thérapie en soi qui engendre une sorte de purification telle une catharsis. Cela permet à notre âme de se reposer, de prendre de la hauteur et de mieux accepter qui nous sommes …d’être plus tolérant avec soi-même et de faire un tri dans nos objectifs de vie …il y a les objectifs qui nous appartiennent en propre dont certains ont un sens dans notre cheminement, alors que d’autres sont là pour la gallérie pour nous créer des costumes de scène … Et puis il y a les objectifs qui appartiennent à nos parents et qu’on s’est appropriés inconsciemment pour garder le lien , la relation, l’appartenance… Lâcher ceux-là demande beaucoup de maturité et de “rassurance” par rapport à soi. Mais plus vite on les lâche, plus vite on devient libre .

Alors j’écris 12 heures par jour,

je ne fais que cela, je veux terminer ce livre… j’ai obtenu un faux certificat médical d’une semaine, sans culpabiliser le moins du monde , car je m’investis plus que de raison pour mon école durant toute l’année en ne comptant pas mes heures supplémentaires. Je misais beaucoup sur cette publication de 200 pages, mon atout était l’innovation…rien n’avait encore été écrit sur les rencontres par annonces.
Sur les agences matrimoniales oui, mais cela n’avait rien à voir avec mon sujet qui était beaucoup plus croustillant .
Deux jours avant de prendre l’avion pour New Dehli, j’ai envoyé 10 copies de mon livre aux différentes maisons d’édition susceptibles de me publier .
Mais la vie en avait décidé autrement, car en rentrant de voyage mes yeux sont tombés sur le livre de Valérie Dax qui avait pignon sur rue comme agence matrimoniale et qui abordait le même sujet que moi …
J’étais cuite …j’arrivais en deuxième position et de surcroît, sans notoriété …J’ai du faire le deuil de voir un jour mon livre dans la vitrine des libraires.

Quitter l’air conditionné de l’avion et poser le pied sur le tarmac brûlant de New Delhi

vous donne l’impression de ne plus savoir qui vous êtes …c’est le choc des cultures… vous êtes sur une autre planète …Lâcher prise dans l’instant est la seule chose à faire…. Ne plus vouloir avoir le contrôle sur les événements est le premier maillon de la Sagesse indienne …accepter d’emblée les contretemps et les contradictions…sinon il vaut mieux reprendre l’avion illico.

l’Inde en 1978 c’est la désorganisation paroxystique…

La foule d’une densité extrême constituée de remous imprévisibles semble ne correspondre à aucune logique. Alors, notre mentalité occidentale déclenche en nous une peur animale face à ces hordes humaines qui s’avancent de front .Et pourtant en Inde, les gens arrivent à ne pas se toucher , je n’ai même jamais senti le moindre frôlement lorsque je marchais à l’aveugle l’œil droit fixé sur oeilleton de la caméra et l’œil gauche fermé à cause de la lumière aveuglante . Dans ces ruelles étroites de la vieille ville , larges de 3 mètres , entre 5 et 7 personnes marchent de front dans les 2 sens …vous vous attendez à pénétrer dans un matelas humain…eh bien non l’espace nécessaire à votre personne s’ouvre devant vous au fur et à mesure de votre progression.  Au bout de quelques heures, la confiance s’est installée en moi, j’ai pu lâcher prise et m’abandonner au délice de capturer les images qui m’entourent…pour ne jamais oublier…c’est trop beau !

Et là , en pleine euphorie intellectuelle…

mes sensations corporelles me rappellent à l’ordre…mon pied gauche s’est englué jusqu’à la cheville dans une épaisse bouse de vache . Par dégoût j’ai très rapidement récupéré ce qui m’appartient comme pour rebobiner le temps et me convaincre que rien n’avait eu lieu… Hélas ma « tong » était restée coincée au fond de la matière… c’est alors avec des hauts le cœur que j’ai dû partir à la recherche du précieux objet en caoutchouc en bougeant les orteils dans tous les sens pour réinstaller la petite languette entre le pouce et le deuxième orteil et arracher le tout accompagné d’un « glouton » bruit de succion . C’est cela aussi , l’Inde…

Le peuple indien est d’une beauté surnaturelle,

surtout les femmes, jeunes ou vielles. Leur démarche est d’une gracieuse élégante dans leurs saris colorés, mais c’est le port de tête, altier un peu hautain qui les rend désirables et inaccessibles . J’avais envie de toutes les photographier, mais lorsque je leur demandais leur permission , c’est avec un sourire qu’elles oscillaient la tête de gauche à droite. Alors désœuvrée, je remballais mon appareil croyant avoir essuyé un refus .
La nuance est subtile entre le oui et le non , il m’a fallu plusieurs jours pour les différencier .

Le chef de notre groupe avait suggéré

que nous remplissions nos bagages de médicaments et de petits objets pour les enfants… des Bics , des petits cahiers , des sifflets…cela vous permettra au retour d’avoir de la place pour emmagasiner la foule d’objets que vous aurez envie de ramener chez vous …il avait parfaitement raison…je me suis tellement laissé séduire que j’ai du confier une énorme partie de mes achats à un transport maritime qui après 2 mois a atterri au milieu de mon salon …tout était là soigneusement emballé à l’intérieur de la caisse rudimentaire…y compris l’odeur de l’Inde…ressentir cela m’a fait replonger dans le voyage et j’ai versé une larme, tant l’émotion était grande.

Nous avons quitté New Delhi pour Katmandou.

Ce fut un vol effrayant .Nous occupions une carlingue dégarnie de tout habillage où des milliers de boulons “clicotaient” chacun à leur rythme selon la distance qui les séparait de leur propre écrou…dantesque !
Et le pire fut l’atterrissage…Vu du ciel , imaginez un entonnoir de montagnes au fond duquel se dessine une petite ligne claire …c’est la piste !
Alors l’avion commence à développer une spirale qui semble l’attirer dans ce gouffre…les passagers s’accrochent, oublient de respirer, certains se signent, l’avion se rebiffe, il rugit, vibre dans tous les sens comme si lui-même redoutait le pire …
Ouf chapeau messieurs les pilotes…on est au sol, le silence nous tombe dessus, tous les boulons se sont tus. Les portes s’ouvrent et l’enfer entre dans l’avion…45 degrés sur le tarmac .

L’ambiance à la douane Népalaise est très différente de l’Inde .

Il y a de la réserve, non de la suspicion !
Nous sommes des touristes donc des dangers potentiels risquant de corrompre une fois de plus leur société moyenâgeuse …il faut reconnaître qu’ils se sont fait grugé par les hordes de hippies à la recherche de leur plaisir sans la moindre considération pour ce peuple naïf qui n’attendait qu’a offrir de l’amour. Alors touriste, cela veut dire drogue, hachich, marijuana !
Dans leur culture, ces produits psychotropes sont consommés usuellement pour élever l’âme…pour voyager dans l’astral… Pour les hippies de l’époque, cela servait juste à se péter la gueule à volonté . Pauvre culture occidentale !

Quelle ne fut pas ma surprise ,

alors que nous visitions un temple bouddhiste entre ciel et terre de découvrir quelques enfants blonds et roux parmi la vingtaine de moinillons en robe safran…ils étaient complètement intégrés, jacassaient le népalais comme des perruches et pratiquaient les incantations comme les plus purs natifs .
C’était attendrissant et révoltant à la fois…on les avait oubliés sur place, on n’avait pas prévu de billet de retours pour eux…ou pire leur mère était peut être morte d’une overdose sur le bord de la route dans ce paysage digne du nirvana.

La chose la plus révoltante que j’ai vue de ma vie

est une poignée d’êtres humains sans âge rampant sur le sol , déformés comme des bonzaïs dus aux longues années passées depuis la plus tendre enfance dans des carcans de bois obligeant leurs membres à suivre les méandres des entraves.
Ils étaient là à mendier dans la rue sous l’œil vigilant de leur bourreau , noyés dans l’indifférence collective. waww

Détendez-vous, je vais vous raconter les exploits de nos chasseurs de papillons……

Il avait été convenu que les chasseurs, c’est à dire la gent masculine du groupe prendrait un avion pour se rendre au plus vite sur le lieu stratégique de la chasse . C’est à dire au nord du Népal à Pokhara, au pied de l’Annapurna , dans les contreforts de l’Himalaya.
Et les femmes feraient 2 jours de voyage en mini bus agrémenté de moult visites culturelles et sociales. Ce qui me laissait prévoir que j’aurais peu de temps pour amortir l’achat de mon filet télescopique …qu’à cela ne tienne, je suis du genre rapide et j’aurai tôt fait de me constituer une petite collection.
Ça n’en finissait pas de grimper en zigzag sur un dénivelé de 500 mètres et de redescendre en zigzag de l’autre côté de la colline pour aborder la 2e colline, puis la 3e colline …et enfin la quinzième colline. Arrivées sur place nous avons été accueillies par un groupe d’hommes en short , campés dans des bottes en caoutchouc. Ils étaient couverts de stigmates « sanguignolants » dus à une vingtaine de sangsues en pleine activité réparties sur tout le corps …après 2 jours de combat ils avaient décidés d’attendre qu’elles tombent d’elles-mêmes et ne plus perdre leur temps à s’acharner contre cette évidence de la nature …attraper des papillons était mille fois plus important.Nous voyant, ils étaient heureux comme des gamins en colonie lors de la visite des parents .
Je les entendais raconter à leurs épouses les prises exceptionnelles qu’ils avaient faites. « Tu me croiras si tu veux, mais ce matin j’ai capturé un HYPOLIMNAS BOLINA et hier , tiens-toi bien : un ALBULINA ORBITULUS. »

Alors j’ai demandé à voir ces choses « sublissimes » !

Et c’est avec un respect non feint qu’ils ont consenti à me montrer quelques-uns de leurs spécimens .
J’avoue ne pas avoir essayé de contenir mon fou-rire face à ces petites choses grises sans panache…
« Mais des pareils j’en ai plein mon grenier…ai-je dit…ça s’appelle des mites ».
Il a refermé sa gibecière d’un coup sec et mon filet télescopique n’a pas quitté ma valise .

Je pourrais encore vous parler de notre séjour sur un houseboat

sur le lac de couleur jade de Srinagar au Cachemire…bateau entièrement sculpté à la main une pure merveille, mais auquel il manquait les raccordements sanitaires des salles de bain…quand on enlevait le bouchon de la vasque, l’eau usée tombait sur les pieds.
Et pire : le cuistot qui préparait nos repas vivait dans une petite barque à côté du bateau et un jour j’ai voulu voir où allait la chasse des w.c., je me suis penchée à cette adorable petite fenêtre enguirlandée de sculptures allégoriques ..Et j’ai vu comme je m’y attendais : couler le produit de mes efforts dans l’eau limpide …mais à 50 centimètres de cela , le cuistot lavait dans la même eau, un poulet fraîchement déplumé. C’est peut-être cela qu’on appelle vivre en autarcie !

Un des moments forts du voyage fut notre escale à Amritsar la ville des sikhs,

vous savez ces superbes males enturbannés portant le poignard et qui s’abstiennent de couper le moindre poil…alors pour que cela soit plus confortable, ils rassemblent leur barbe en 2 longues tresses , avec lesquelles il fabrique un chignon au sommet de la tête, sous leur turban. Ils sont impressionnants , majestueux, hautains, fiers de leur condition . Leur devise est de vivre au-dessus du monde matériel, tout en étant de ce monde.
Plonger ses yeux dans le regard d’un sikh relève de l’émerveillement, car il se laisse pénétrer au-delà du physique , il vous laisse entrevoir son âme…c’est comme si 2 leds illuminaient ses pupilles , la lumière vient de l’intérieur…vous chavirez et des papillons s’animent dans votre ventre. waww

Des milliers de pèlerins tournent en rond

sur le pourtour d’un plan d’eau carré  de 500 mètres…au centre duquel se dresse le temple d’or dans toute sa prestance.
La philosophie sikhe est orientée sur l’amour de l’humanité, elle engendre la tolérance et la fraternité vis-à-vis de tous…et pour se faire ils offrent chaque jour
des milliers de repas qui sont préparés par des centaines de bénévoles .
Portés par ce niveau de spiritualité transcendantale, nous sommes allés nous asseoir avec les pèlerins et avons dégusté le repas offert. Cela avait quelque chose de bouleversant d’être coude à coude, noyé dans cette foule aux antipodes de notre culture.

Ce fut un voyage à la hauteur de mes espérances, les pieds bien ancrés dans la terre et la tête dans la spiritualité.

Merci la vie.

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